Du massif du Strandja aux Rhodopes

21 – 24 septembre

Kondolovo (bulgarie) – vers Bliznak – Dobric – Derviska mogila – vers Patnikovo (bulgarie)

293 km

kardzali2016

Après seulement 7 kilomètres, le dilemme du jour : est-ce que je passe comme prévu par Malko Tarnovo et le village de Braslian tout en sachant que je vais passer la journée à jouer au yo-yo ou bien est-ce que je coupe par une route de crête qui me permettrait de gagner une trentaine de kilomètres et surtout de l’énergie. Je crois que je suis resté au croisement une bonne dizaine de minutes, à regarder la carte et à peser le pour et le contre.

J’ai finalement décidé de jouer au yo-yo avec beaucoup de dénivelé même si le massif du Strandjak n’est pas très élevé (710m d’altitude côté bulgare). J’ai passé toute la journée dans la forêt mais ça m’a bien plu et pas de temps pour l’ennui. La route est parfois pourrie, ça tape dur et c’est difficile d’éviter les trous, même à vélo.

Cette région limitrophe de la Turquie me paraît bien pauvre, les rares villages donnent l’impression d’un abandon total de la part de Sofia et la « grande ville » du coin, Malko Tarnovo, située à moins de 10 kilomètres de la Turquie, est assez désolante même si sa place principale est plutôt attractive (merci l’Europe).

img_6694

même avec le vélo route difficile

img_6706

Cap à l’est ?

img_6711

Malko Tarnovo

Là encore j’ai tergiversé quand j’ai vu le panneau ‘Istanbul’, la Turquie et l’accueil turc, ça me fait rêver, tout comme les pays situés plus à l’est … Mais je suis bien en Bulgarie même si les contacts avec les locaux sont plutôt rares et fugaces.

En attendant, c’est après une énième montée que j’ai décidé d’arrêter de pédaler. Le bivouac s’est imposé de lui même : sur les hauteurs avec vue sur le massif. Que demander de plus ? Pas de chiens qui aboient aux alentours, pas de voitures, pas d’humains, rien que la nature et quelques oiseaux. Que c’est beau d’écouter le silence.

img_5587

img_6731

architecture traditionnelle de la région

img_6747

beaucoup de Roms dans ce village

img_6753

le massif du Strandja

img_6756

img_6768

seul

La nuit aurait été parfaite s’il n’y avait pas eu un petit creux légèrement en descente au niveau des reins mais c’était l’endroit le plus plat que j’avais trouvé.

J’ai parfois cru hier que la petite route sur laquelle je roulais ne mènerait à rien et quand j’ai vu le croisement pour bifurquer vers l’ouest, j’ai encore plus douté mais des gendarmes, postés au carrefour pour contrôler (qui ?) m’ont confirmé la bonne direction. Tantôt bonne, tantôt défoncée, en plus de 30 kilomètres, je n’ai croisé personne, ce n’était pas le moment d’avoir un gros ennui mécanique ! Mais que cette étroite route était sympa, elle est venu clore le chapitre ‘massif du Strandja’ en beauté. Je ne regrette pas ce détour de 2 jours.

img_6772

là encore parfois difficile

img_6780

la route d’où je viens

img_6782

l’eau n’est pas un souci, les fontaines sont nombreuses

img_6791

Ensuite bof bof, j’ai rattrapé une route principale mais avec peu de trafic. Peu à peu la forêt a laissé la place aux champs et j’ai perdu de l’altitude. J’ai fait une grosse pause dans une petite ville, Boljarovo. Et en 3 heures, rien, rien de rien. Calme. Parfois je me demande si les gens sortent de chez eux. Et bien entendu aucune salutation ou le fameux ‘tu viens d’où ?’ Que la Moldavie est loin …

img_5591

img_6792

un campement de Roms

img_6799

3 heures passées ici et RIEN !

img_6802

Au bout de 70 kilomètres, j’ai mis fin à l’étape, je ne voulais pas passer une ville et devoir pédaler encore pour dormir. C’est donc dans le village de Dobric que je me suis dit que j’allais dormir. En prenant un peu de hauteur, j’ai trouvé facilement mais avant je me suis arrêté au pub du coin, et oui un pub, tenu par des Anglais. Il faut savoir que la moitié du village est anglais. Ils ont investi la région : soleil et pas cher. J’ai discuté un peu avec tout le monde, j’espérais secrètement une invitation mais elle n’est pas venue. Je suis donc allé sur mon repère d’où je domine le village et les alentours. Un peu venté mais c’est l’assurance d’avoir une tente sèche demain matin.

img_6809

soir

img_6812

matin

Je me suis mis le doigt dans l’œil, la nuit a été très humide, duc coup je suis parti plus tard que d’habitude dans la matinée. Il fait nettement meilleur avec le soleil, il y a 3 jours la température était descendu à 18° (il y a 6 jours 36°!) et le vent est toujours plus ou moins dans mon dos.

Dans ce coin de Bulgarie proche de la Turquie, c’est très sec, même en prenant un peu d’altitude. Pour aller vers Svilengrad, j’ai décidé de passer par la petite route pourrie qui monte dans la montagne plutôt que la route un peu plus longue mais plus facile. Et je n’ai pas regretté mon choix même si le dénivelé s’est avéré plus important que prévu. Et voilà que je te donne du 12% sur 500m suivi d’une petite descente, le tout pendant une quinzaine de kilomètres.

img_6813

img_6838

liberté !

img_6847

Sur la route 2 villages, le premier quasiment à l’abandon, je n’ai vu personne et pratiquement toutes les maisons sont en ruine, le second, un peu plus haut, a l’air lui aussi à l’abandon même s’il y a signe de vie. J’ai fait une petite pause déjeuner puis je me suis promené pour voir les ruines et là un homme qui j’avais croisé sur la route commence à discuter. « Ah mais tu es Français ?! J’ai appris le français à l’école, je me souviens de ça et de ça », il me récite quelques vers dont il se souvient. Puis il me lance « range ton bazar et suis-moi pour manger un peu ». Je venais de finir mes 250g de pâtes mais j’avais encore un peu de place.

img_6855

la place principale du 1er village

img_6857img_6868

img_6872

Dervishka Mogila

Mais je ne m’attendais pas à manger de la soupe, des tomates et des poivrons, j’ai beau avoir un estomac de cyclo, qui peut engloutir d’énormes quantités, mais là j’ai dit stop car j’aurais explosé. des figues, du pain Et bien sûr la traditionnelle rakia faite maison. Il était marrant Dimitri car sa femme n’avait ramené qu’une petite bouteille de 30cl. Pas assez ! Dès qu’elle avait le dos tournée, il prenait une grande bouteille cachée près de la table pour remplir les verres.

Le temps a passé et puis il me dit, « tu ne reprends pas la route, tu as bu, tu restes ici ! Tiens là j’ai un lit dehors, tu seras bien pour dormir. » Et voilà comment je me suis retrouvé à passé la nuit sous un beau ciel étoilé.

img_6881

le chat de Dimitri

img_6879

C’est quoi ? Des tomates !

img_6876

je n’en peux plus !

img_6878

ma chambre étoilée

Réveillé aux aurores par Dimitri qui souhaitait absolument monter au sommet de la montagne pour assister au lever du jour. Bon il faut dire que le sommeil a été léger, les barres de fer du lit n’était pas ce qu’il y a de plus confortable. Après une petite grimpette, j’ai pu admirer un panorama à 360° dur la Bulgarie, la Turquie et la Grèce, inoubliable.

En redescendant, nous sommes passés par le bar du village, qui fait aussi épicerie. Les épiceries de village et de petite ville, c’est la misère, le choix est plus que réduit et on ne trouve pratiquement jamais de fruits (les gens ont tout chez eux). Sur les étalages, 2 paquets de pâtes, 3 paquets de riz, 3 bouteilles d’huile de tournesol et de la farine. Pas de quoi de faire des folies !

img_6892

avec Dimitri, de bon matin

img_6902

Avant de reprendre la route, Dimitri a absolument tenu à remplir mes sacoches. J’ai donc récupéré 3kg de tomates et de poivrons, des figues et 1 kg de confiture de figues, 1kg de sauce tomate-poivron, I kg de miel, à manger pour le déjeuner … et une paire de chaussettes. Est-ce que je fais tant pitié que cela avec mes sandales bleues ?! Plus que le geste, je retiens de cette formidable rencontre un détachement matériel. Dimitri et sa femme vivent de leur immense potager (au bas mot 500 pieds de tomates!) et de leurs animaux. Une vie simple et saine.

Cette rencontre a donné le ton de la journée : magnifique. Du soleil, pas trop chaud et des grands espaces, magnifiques à vélo. Je suis passé par la ville frontière de Svilengrad. La Turquie n’est qu’à 10km et la Grèce à 5km. La Grèce attendra, je ne garde pas un bon souvenir de mon passage l’année dernière avec des gens très indifférents et pas du tout curieux. Je préfère les Bulgares même s’ils sont réservés.

img_6952

la 1ère fois de ma vie que je vois des champs de coton

img_6954

img_6966

je comprends pourquoi il n’y avait aucune voiture sur cette route

img_6977

architecture traditionnelle du coin

J’ai commencé à me rapprocher des Rhodopes, jusqu’à en lécher les premiers contreforts. C’est aussi la région des Pomaques, les Bulgares musulmans descendants des Ottomans. Les faciès ne sont plus les mêmes et le turc remplacent peu à peu le bulgare. D’ailleurs dans un village, j’ai rencontré une famille turc originaire du coin. Cela aurait pu déboucher sur une invitation mais ils étaient sur le retour vers Istanbul, dommage

img_6983

img_6994

terre musulmane = eau partout

img_7001

.

Cependant je n’ai pas trop perdu au change, car à jour magnifique, bivouac superbe. J’ai trouvé sans difficulté un endroit un peu hauteur avec vue sur les proches et lointains environs (jusqu’à la chaîne des Balkans qui coupe le pays en 2 d’ouest en est). Superbe.

img_7004

les chiens de bergers ont d’autres préoccupations que les moutons !

img_7011

img_7013

les légumes de Dimitri, repas sain

img_6036

Publicités

8 réflexions sur “Du massif du Strandja aux Rhodopes

  1. Coucou David
    Que de bonheur à te lire
    Je pense qu’un peu de vélo avec quelques montées te seraient nécessaires pour évacuer toutes ces calories…
    Un amie m’a fait comprendre ce que l’on apportait aux gens qui nous recevaient, et bien tout simplement du bonheur fait de rêve et souvent on leur fait découvrir leur propre pays.
    Alors direction est où sud ?
    Kissosss

    J'aime

    • Salut Françoise, j’ai un estomac de cyclo, je peux donc engloutir des énormes quantités car je sais que le lendemain, je vais éliminer. Et dans cette partie de la Bulgarie, pas de souci, tu élimines très vite ! Ce ne sont pas les hautes montagnes mais il y a quand même du dénivelé.
      Pour l’est c’est un peu tard, donc cap au soleil, au sud !!!
      Kissos

      J'aime

  2. Salut David,
    Dis donc, je constate que tu as toujours un aussi bon coup de fourchette, 250g de pâtes à toi seul, c’est la quantité qu’on s’enfile Nicole et moi!
    Comme le dit si bien Loic, va faire une virée en Turquie tu vas te régaler, et si tu pousses plus loin, tu n’aura plus envie de revenir en Europe ou tout règne sur le fric;
    Tes articles sont toujours aussi pertinents, en les lisant, je n’ai qu’une envie, repartir,au plus vite, pour le moment je voyage par procuration.
    Bonne continuation.
    Bises.

    J'aime

    • Coucou Nicole et Renaud !
      Quoi, 250g de pâtes à vous 2 ?!! Je comprends maintenant comment tu as réussi à perdre autant de poids depuis le départ !! Si je ne mange que 125g à chauqe repas, je vais vite tomber en hypoglycémie et je n’aurais plus rien dans les jambes pour tracter la caravane, surtout dans les montagnes !
      Oui la Turquie m’appelle du pied et quand j’ai vu le panneau « Istanbul », … l’envie était forte, crois-moi mais je fais les choses dans l’ordre, les vacances arrivent bientôt, chez vos amis grecs !!!

      J'aime

  3. Belle balade que tu nous offres de bon matin avec le café ! Ton copain éphémère Dimitri t’as bien soigné, peut-être as-tu été pour lui une distraction appréciable.
    Je n’imaginais pas qu’on puisse mouvoir un ensemble roulant de plus de 60 kg par monts et par vaux en appuyant avec la seule plante de ses petits pieds chaussée de « crocks », soit quasiment à nu ??? Mais visiblement tu le fais !!! Peut-être pourrais-tu recouvrir tes pédales de plateaux de bois rigides pointure 44 !? 😉

    J'aime

    • Salut Francis, je me pose souvent la question « qu’est-ce que j’apporte aux gens qui me proposent l’hospitalité rien qu’en me voyant ? » Des étrangers, dans ce village, je pense qu’il n’en passe pas et ma foi, c’est agréable de rencontrer des gens différents, malgré la barrière, parfois relative, de la langue.
      Les crocs, une fausse bonne idée, j’ai hâte d’être à Athènes pour trouver une paire de sandales fermées digne de ce nom. Pour l’instant je fais avec, en espérant qu’aucune douleur ne se réveille.

      J'aime

  4. Cool de te lire David, content de voir que tu vas enfin sortir d ‘Europe. La Turquie te tend les bras, tu vas te régaler! Entraîné toi des maintenant à boire du thé, beaucoup de thé…

    J'aime

    • Salut Loïc, oui je sais que la Turquie me tend les bras et d’ailleurs je suis de plus en plus attiré par l’est mais chaque chose en son temps … pour l’instant je me contente du café … turc dans les Balkans !!!

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s